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Habiter sans-abri au féminin

Que signifie vivre sans toit à Bruxelles en tant que femme ? Comment vit-on la ville lorsque l’espace public est le seul refuge ? Et comment la recherche peut-elle contribuer à une meilleure reconnaissance et à un changement systémique réel ?

Avec son projet Habiter sans-abri au féminin, Elisabetta Rosa, professeure en urbanisme à l’UCLouvain, a étudié comment les femmes sans abri utilisent, ressentent et donnent un sens à l’espace urbain. Une recherche mêlant impact politique, engagement social et création audiovisuelle. 

Rendre visibles des personnes oubliées

« Les femmes sans abri sont quasi invisibles dans les statistiques comme dans les politiques publiques », explique Elisabetta Rosa. Le projet s’inscrit dans le prolongement d’une première phase de recherche sur le sans-abrisme en général. Il est vite apparu que la question du sans-abrisme féminin restait largement ignorée, avec ses propres vulnérabilités et dynamiques. 

Ce constat a donné naissance à une étude sur la manière dont ces femmes se déplacent dans la ville, vivent l’espace public, et comment leur expérience est marquée par ce qu’elles craignent, désirent ou évitent. 

Une recherche en temps de crise

'Habiter sans-abri au féminin' a été financé par Innoviris dans le cadre du programme Brains for Brussels, qui vise à attirer et ancrer les talents dans le paysage académique bruxellois. Le projet a débuté peu avant l’émergence de la pandémie de COVID-19. Alors que la ville se confinait, les personnes sans abri restaient dans l’espace public. Les femmes, en particulier, sont devenues plus visibles, ce qui a mené à la mise en place de dispositifs d’accueil temporaires, comme les « dispositif hôtels ». 

C’est dans l’un de ces hôtels qu’Elisabetta Rosa a mené une enquête de terrain approfondie. Elle y a recueilli des témoignages, observé le quotidien et obtenu un aperçu unique d’une réalité extrêmement vulnérable. 

Participatif et créatif : donner une voix

Le projet dépasse les méthodes de recherche classiques. Grâce au soutien d’Innoviris et à des collaborations artistiques, Elisabetta Rosa a également pu produire des créations audiovisuelles qui ont permis de partager ces récits avec un public plus large.

J’ai réalisé un podcast avec les femmes rencontrées. Il ne s’agissait pas seulement de les écouter, mais aussi de leur donner une voix. 

Impact sur la ville et sur une carrière

Habiter sans-abri au féminin a eu un impact à plusieurs niveaux. Il a nourri le débat institutionnel sur l’accueil des femmes sans abri, permis à des femmes concernées d’être entendues, et touché un public au-delà du monde académique grâce à des formats créatifs. 

Le projet a aussi eu une portée personnelle pour la chercheuse. « Grâce au soutien d’Innoviris via Brains for Brussels, j’ai pu mener cette recherche, renforcer ma carrière académique et obtenir un poste permanent. C’était mon rêve. » 

Et demain ? 

Santé mentale et espace urbain. Lors de son travail de terrain, Elisabetta Rosa a constaté que presque toutes les femmes rencontrées souffraient de troubles psychiques. « Parfois, la vulnérabilité mentale était la conséquence de la vie dans la rue, parfois la cause. » 

Cette observation constitue le point de départ de son nouveau projet de recherche, qui explore comment l’espace urbain peut contribuer à la santé mentale et au rétablissement. Une suite logique de son engagement pour une ville plus bienveillante et plus inclusive.

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